Congolité : les affabulations de Noel Tshiani

Congolité : les affabulations de Noel Tshiani

Un gouvernement de la République a été mis en place, sous la direction du Premier ministre Sama Lukonde. A présent, l’heure est à la mobilisation des recettes pour la mise en œuvre de son programme d’action. Entretemps, une éruption volcanique est intervenue à Goma, avec toutes les conséquences humanitaires que l’on connait. Mais, pendant que les couches sociales démunies sont ahuries d’apprendre les détournements inimaginables des fonds publics que les inspecteurs des finances découvrent dans les entreprises publiques, voilà qu’un député national, Noel Tshiani, jette un pavé dans la marre avec un concept inconnu des Congolais: la Congolité. La question de la nationalité qu’il pose à deux ans et demi de la fin du mandat de Félix Tshisekedi, agite l’opinion nationale et suscite l’émoi dans les milieux internationaux. ¨Pour cet ancien fonctionnaire de la Banque Mondiale, « ne peut être candidat président de la République que celui qui est né de père et mère congolais ». Pourtant, la Constitution de la RDC dispose en son article 10 que « la nationalité congolaise est soit d’origine, soit d’acquisition ». Elle est d’origine si l’un ou les deux parents sont congolais. Lui veut que cette disposition soit modifiée. Pour retenir celle de « né de père et de mère congolais »: « Nous voulons nous assurer que nous n’allons pas permettre l’accès aux fonctions de souveraineté à des gens dont on n’est pas sûr de leur loyauté totale à l’égard de notre pays. Ce n’est pas pour les élections de 2023 tout simplement. », argumente-t-il. Cela ne tient pas debout.
L’histoire nous apprend que depuis 1960, cette question ne s’est jamais posée. C’est plutôt l’AFDL qui a provoqué une profonde brèche dans le mur du pays à travers laquelle un homme, sorti de nulle part, est passé, avec l’appui des Katangais et de la nébuleuse appelée « Communauté internationale » pour se hisser au sommet de l’Etat. Et de vouloir même s’y éterniser n’eut été la farouche opposition des Congolais qui ont payé un lourd tribut pour le faire partir.
Cependant, des questions méritent d’être posées: pendant le régime sortant, dirigé par des personnes à la nationalité douteuse, où était Noël Tshiani ? Pourquoi n’avait-il pas osé parler ? Pourquoi alors le faire maintenant, pour s’attirer les faveurs de qui ? Comment est-il allé jusqu’à parler de diplômes universitaires, alors que les Congolais savent que ce sont les professeurs d’université qui ont réduit la RDC au point où elle se trouve ? Veut-il provoquer des désordres dans un pays dont les souvenirs des guerres sont encore loin de s’effacer dans la mémoire collective ? Ne se sent-il pas ridicule lorsque l’humoriste célèbre de RFI, Mamane, se moque de son idée en parlant de la Gonduanité ?
A l’époque, nous entendions parler d’un grand commerçant installé à Lubumbashi dénommé Soriano. L’on disait de lui qu’il était un homme calme, sans histoires. Nous ne sommes pas les affidés de Moise Katumbi, mais qu’il soit issu de cet homme et qu’il ait servi son pays, la RDC, comme tout le monde le sait, montre que l’ancien gouverneur du Katanga, aujourd’hui membre de l’Union sacrée de la nation, demeure bel et bien loyal à ce pays, qu’il est prêt à le défendre envers et contre tout. Et qu’il ne peut jamais le trahir, comme le font très souvent certains Congolais nés de père et de mère congolais.
Il est certes vrai qu’il nous faut tourner la page sombre écrite par le conglomérat d’aventuriers soutenus par le Rwanda qui voulait garder la mainmise sur le Congo. Il est certes vrai aussi que nous devons être vigilants pour ne pas permettre à un homme comme l’actuel ambassadeur du Rwanda à Kinshasa de vouloir un jour briguer le sommet de l’Etat congolais. De même, nous savons que dans beaucoup de pays d’Afrique, l’accession au sommet de l’Etat est tributaire de cette question.
Cependant, à ce stade, la RDC n’a pas encore acquis la maturité et la cohésion nécessaires pour se permettre ce genre de distractions chargées d’émotion. Que Félix Tshiekedi lui-même s’y oppose montre qu’il n’est pas prêt à donner libre cours à ce type d’imaginations funestes. En conséquence, les députés qui commettront la faute de débattre cette question de la nationalité, devraient savoir qu’ils courent le risque d’être rangés parmi les fossoyeurs de la nation congolaise.
Yamaina Mandala

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