Contrats miniers:les bonnes intentions de FélixTshisekedi

Contrats miniers:les bonnes intentions de FélixTshisekedi

Des accords léonins conclus entre les multinationales minières et les entreprises étatiques privent le Congo d’importantes ressources financières. Le chef de l’Etat a promis de réviser ces contrats pour améliorer la vie des Congolais.

« Je suis fatigué de voir des étrangers venir ici avec des poches vides et repartir milliardaires, alors que nous, nous restons pauvres ». Ce constat de Félix Tshisekedi, prononcé à Kolwezi le 13 mai 2021, a été largement applaudi par la population de la riche province minière. Le discours sur « un Congo riche et des Congolais pauvres » résonnent particulièrement dans cette région qui abrite plus de 60% des réserves mondiales de cobalt. Une richesse qui ne bénéficie pas au Congo, 8e pays le plus pauvre de la planète.

La cible chinoise
Pour Félix Tshisekedi, « il est temps que le pays réajuste ses contrats avec les miniers pour sceller des partenariats gagnant-gagnant ». Le président souhaite donc revisiter les accords avec les grandes compagnies minières, toutes étrangères. Sans citer les noms des entreprises visées, on devine que le chef de l’Etat cible la Chine, très présente avec des sociétés comme Sicomines ou Tenke Fungurume Mining (TFM). Derrière la Chine, Félix Tshisekedi cible aussi Joseph Kabila. Son prédécesseur avait en effet conclu d’importants contrats privilégiés avec son allié chinois. « Certains de nos compatriotes avaient mal négocié les contrats miniers. Pire, le peu qui revient à l’État, ils l’ont mis dans leurs propres poches » a fustigé Félix Tshisekedi.

En 2008, Joseph Kabila avait en effet décidé de promettre du cuivre et du cobalt aux Chinois en échange de la construction d’infrastructures pour un montant de 9 milliards de dollars. A l’époque, ce deal avec la Chine était présenté comme un contrat anti-corruption. « Difficile de se mettre dans la poche un hôpital ou des kilomètres de routes » ironisaient les proches du président Kabila. Mais ce contrat, censé être « gagnant-gagnant », s’est vite révélé déséquilibré. De 9 milliards, le contrat a été renégocié à 6, pour ne générer que 3 milliards d’investissements chinois au Congo. Et encore, personne ne sait vraiment ce qui a été réellement investi dans les infrastructures à l’issue de ce contrat.

Une corruption endémique
Mais qu’on ne s’y trompe pas, les entreprises chinoises ne sont pas les seules dans le viseur de Kinshasa. « On ne peut pas tout rejeter sur les entreprises étrangères, qu’elles soient chinoises ou occidentales » analyse Jean-Claude Mputu, membre de Resource Matters et porte-parole de la plateforme « Le Congo n’est pas à vendre ». « Les compagnies étrangères ne peuvent pas être les seuls boucs émissaires. Les responsabilités sont partagées. Un contrat est un acte qui engage deux parties. Et si l’une des deux parties est désavantagée, la faute en revient à l’Etat congolais ou aux entreprises congolaises qui ont accepté les termes de ce contrat. »

Derrière ces contrats léonins, qui rapportent peu à l’Etat congolais, il y a un autre fléau, qui n’a jamais disparu : la corruption. « Le secteur minier est particulièrement touché par les malversations et les dessous-de-tables, nous explique Jean-Claude Mputu. Avec ces contrats, c’est tout une élite congolaise qui s’est enrichie, et autant d’argent qui ne rentre pas dans les caisses du Trésor public ». Le collectif « Le Congo n’est pas à vendre » a récemment estimé que l’intermédiaire israélien Dan Gertler aurait fait perdre en 20 ans, 1,7 milliard de dollars à l’Etat congolais. En cause, des ventes d’actifs miniers, achetés à bas prix, et revendus au prix fort. Des opérations réalisées grâce à la proximité de l’homme d’affaires avec l’ancien président Joseph Kabila. Des allégations toujours réfutées par Dan Gertler.

Davantage de transparence

Alors pour que les annonces de Félix Tshisekedi soient réellement efficaces et puissent bénéficier à la population, Jean-Claude Mputu exige davantage de transparence des autorités congolaises. « Ce n’est pas la première fois que l’Etat congolais renégocie des contrats miniers. Il l’a fait au début des années 2000, et après la publication du nouveau code minier. Et ces deux précédentes revisitation n’ont pas produit les résultats escomptés. Le risque, c’est que l’on revisite des contrats pour les attribuer à de nouveaux amis politiques qui vont s’enrichir davantage, et non dans l’intérêt du Congo ». Si Jean-Claude Mputu estime que la volonté de Félix Tshisekedi de réviser les contrats miniers envoie « un bon signal », cette révision reste, pour l’instant, « un simple slogan politique ».

Aujourd’hui, le calendrier du président Tshisekedi pour mettre en oeuvre la renégociation des contrats miniers n’a pas encore été dévoilé. La présidence affirme vouloir entamer les discussions dans les prochains mois. Mais déjà, la pression monte après les annonces présidentielles, notamment du côté de la Chine. Son ambassadeur à Kinshasa, Zhu Jing, s’est fendu d’un tweet explicite après le meeting de Kolwezi. « La RDC et l’Afrique ne doivent pas être le champ de bataille des puissances. Soyons vigilants à ceux qui crient aux combats et cherchent à créer de l’hostilité », a-t-il commenté. Pour Jean-Claude Mputu, la feuille de route du chef de l’Etat doit être claire : « Le gouvernement doit déjà annuler certains contrats qui violent la loi. Il doit ensuite rendre publics ces contrats pour que l’on sache ce qu’ils contiennent vraiment. Et enfin, il doit renégocier avec les miniers, dans la transparence, la légalité et l’intérêt du peuple congolais ».

Avec Christophe Rigaud – Afrikarabia

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