septembre 18, 2021

Etat de siège : Fatshi sur les traces de Mobutu ?

Etat de siège : Fatshi sur les traces de Mobutu ?

(Chronique du prof. VOTO)

L’état de siège décrété dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri en proie à l’insécurité est la décision la plus courageuse prise par le gouvernement congolais depuis plus de vingt ans que dure cette calamité. Cette décision pourrait marquer le début de la fin de l’insécurité dans l’Est du pays, si le gouvernement et les généraux à qui la mission a été confiée sont conséquents. Mais cette décision rappelle aussi beaucoup au souvenir du Marechal Mobutu dans le choix de la stratégie et la désignation des animateurs.

La gestion militaire

Le recours à l’état de siège et à la gestion territoriale des militaires est une stratégie dont avait recours le Président Mobutu lorsque la situation allait mal. Aussi, Mobutu a eu recours au Général Amela Lokima Bahati pour pacifier Kinshasa après les malheureux événements de pillage de la ville au début des années 90. Il en est de même de son dernier gouvernement dirigé par le Général Likulia Bolongo pour faire face à l’avancée fulgurante de l’Afdl.

Des non originaires

Le choix des animateurs de la nouvelle administration militaire des provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri fait penser à la politique de l’administration des non originaires pratiquée par Mobutu pendant son règne et qui a porté ses fruits dans la consolidation de l’unité nationale et dans la pacification du pays. De tous les généraux promus pour gérer la situation dans le Nord-Kivu et l’Ituri, aucun n’est natif de ces deux provinces, ni même de l’Est du pays. Alors que la guerre de l’Est a été jusque-là commandée pour la plupart de temps par des généraux issus du Kivu et particulièrement des anciens de l’AFDL (NDLR : Alliance de Forces Démocratiques pour la Libération du Congo) ou du RCD (NDLR : Rassemblement Congolais pour la Démocratie) et qui étaient embarrassés par des intérêts financiers et ethniques dans la province.

Recours aux ex-FAZ

Tous ces généraux auxquels le gouvernement a recouru cette fois pour diriger les opérations dans l’Est sont des anciens de l’armée de Mobutu. Ils viennent rappeler, comme beaucoup des Congolais le pensent, que les militaires des Faz étaient mieux formés et disciplinés que ceux issues de l’AFDL ainsi que des différentes rebellions et qui ont jusque-là montré leurs limites. La preuve, ce que les rares fois où l’armée congolaise a eu à remporter des victoires dans cette guerre de l’Est, c’était sous le commandement des ex-Faz comme le général Buza Mabe à Bukavu, le général Bahuma dans le Nord-Kivu, secondé par le Colonel Mamadou issu de l’armée du MLC.

Pourquoi pas le Sud-Kivu ?

L’état de siège décrété par le gouvernement ne concerne pas le Sud-Kivu, alors que la situation sécuritaire est aussi précaire dans cette province que dans les deux autres, même si la nature du problème et les acteurs sont différents. Dans le Grand Nord et dans l’Ituri, l’insécurité est d’abord l’œuvre de l’ADF ougandais et certains groupes armés locaux. L’insécurité est de nature terroriste et affairiste. Alors qu’au Sud-Kivu, l’insécurité a pris sa genèse depuis la révolte des Banyamulenge soutenus par le Rwanda. L’insécurité est ici liée aux revendications identitaires et territoriales. Le gouvernement a peut-être préféré ne pas tout embrasser à la fois et traiter chaque problème selon sa complexité.

L’avenir politique en jeu

En prenant cette grave décision, Félix Tshisekedi est en train de jouer tout son avenir politique. Soit qu’il réussit à pacifier l’Est du pays selon la promesse électorale qu’il a faite à la population, auquel cas il devient un héros national, soit qu’il n’y arrive pas et les Congolais vont le vomir. Toute sa carrière politique se joue dans cette guerre qu’il a ouverte face à l’insécurité chronique dans l’Est du pays.

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