Point de vue: Vladimir Poutine décidé à prendre pied en Afrique

Point de vue: Vladimir Poutine décidé à prendre pied en Afrique

Le retour de la Russie sur la scène africaine s’effectue au moment où l’influence française est de plus en plus mise à mal sur le continent. Un peu partout, les populations s’opposent aux méthodes de Paris. Le Franc CFA décrié, le refus des ingérences dans les affaires africaines, les droits de l’homme… sont autant d’éléments sur lesquels les Africains se fondent pour exprimer leur refus du néo-colonialisme. Pourtant, à l’exception de quelques pays (Congo-Brazzaville, Guinée, Angola, l’Algérie, Ethiopie, Mozambique) qui étaient considérés comme les pions russes, l’Union soviétique ne disposait pas d’espaces propres en Afrique. C’est l’effondrement du Mur de Berlin qui a ouvert la brèche à travers laquelle le président russe, Vladimir Poutine, tient à passer pour pousser prendre solidement pied sur le continent longtemps bastion de l’Occident. Le dirigeant de Russie veut que son pays ait une part des matières premières que regorge l’Afrique. C’est dans cet ordre d’idées que des militaires russes ont débarqué en Centrafrique. Des blindés ont été livrés à l’armée centrafricaine dans sa reconquête des territoires occupés par les rebelles de la Seleka ; des mercenaires russes assurent la sécurité du président Faustin-Archange Touadéra, etc. L’ex chef de l’Etat, François Bozizé qui voulait reconquérir le pouvoir, a donc été anéanti.
Le nouveau Tsar du Kremlin équipe l’armée centrafricaine démunie et toujours soumise à un embargo partiel sur les armes lourdes depuis 2013. Il s’engage de même à installer un camp de formation militaire à Bangui, et d’accueillir des officiers de la FACA dans les académies militaires de Russie. Désormais, la France, la Chine, le Maroc et la Turquie ne seront plus seuls en Afrique.
Des analystes signalent que la Russie est devenue, entre 2014 et 2019, le principal pourvoyeur d’armes sur le continent africain. Elle représente près de la moitié (49%) de la totalité des équipements importés. En 2000, 16 pays africains achetaient des armes à la Russie, contre 21 aujourd’hui. Depuis le sommet Russie-Afrique organisé du 22 au 25 octobre 2019 à Sotchi, Poutine ne veut plus laisser l’Afrique à la merci de l’Occident. Pour cela, il emploie deux arguments: D’un point de vue politique et diplomatique, « Les Russes sont légitimistes, ils prennent les pouvoirs pour ce qu’ils sont et affirment leur principe de non-ingérence », souligne le chercheur Jean de Glianiasty. Et d’ajouter: « Il y a beaucoup de concurrence entre les différents pays fournisseurs et il semblerait que la France n’ait pas nécessairement réussi à en tirer profit, en tout cas pas autant qu’elle le faisait auparavant. C’est peut-être aussi que les liens avec les anciennes colonies sont en train de se desserrer ».
De son côté, Thierry Vircoulon, coordonnateur de l’observatoire de l’Afrique australe et centrale à l’Institut français des relations internationales, indique que « la diplomatie russe a décidé de se trouver de nouveaux amis sur la scène internationale. Cela fait aussi partie de la contre-offensive russe depuis les conflits en Ukraine. Le fait d’aller en Centrafrique était aussi une très bonne façon de casser les pieds de Paris qui avait pris position à l’époque contre cette annexion ! ».
Ainsi, certains réseaux voient l’ombre de Moscou derrière les événements qui se déroulent au Mali. Il est signalé que la junte qui voulait s’approvisionner en armements en Russie, a été surprise d’apprendre que le chef de l’Etat et le Premier ministre avaient transmis le dossier à Paris. Pour les officiers putschistes, il s’est agi d’une trahison qu’ils ne pouvaient pardonner. « Très récemment, on a vu au Mali infuser l’idée que la France devait partir et grosso modo laisser la Russie gérer », rappelle le chercheur.
Certes, même si dans les capitales occidentales, l’on se plait à minimiser l’influence de Moscou en Afrique, une évidence est là: Pour Sergey Sukhanki, Moscou et ses sociétés de mercenaires semblent déterminés à prendre pied dans les espaces longtemps considérés comme les plates-bandes des Occidentaux. Vladimir Poutine soutenu par la puissante Eglise orthodoxe de Moscou, ne lâchera pas prise. Qu’on se le dise !
Yamaina Mandala

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