septembre 28, 2021

Ratages politiques et diplomatiques : Sale temps pour le pouvoir

Ratages politiques et diplomatiques : Sale temps pour le pouvoir

Zappé au sommet du G7, bloqué dans sa démarche d’arracher au Gabon le mandat de pays non membre au Conseil de sécurité de l’Onu, privé de la visite du roi Albert au point de renvoyer aux calendes grecques la cérémonie de rapatriement des restes de Lumumba, doublé par le Qatar pour sa médiation sur le barrage éthiopien en externe et, en interne, décontenancé par l’Assemblée nationale qui vient de lui refuser l’ordonnance d’habilitation et le Sénat qui vient de mettre en échec le plan de faire lever au sénateur Augustin Matata Ponyo ses immunités parlementaires, redoutant en même temps que les effets de la condamnation à 13 ans de Vital Kamerhe par rapport à l’électoral de l’Est, Félix Tshisekedi vit un isolement diplomatique et politique qui ne dit pas son nom…

Président en exercice de l’Union africaine pour une année (février 2021-février 2022), Fatshi découvre petit-à-petit le spectre de la solitude en diplomatie. Terrible expérience pour celui qui se réjouissait de voir ses trois derniers prédécesseurs privés d’arènes étrangères et internationales à cause des rapports politiquement motivés portant sur la bonne gouvernance les uns, les droits de l’homme les autres.

Son cas est plus complexe dans la mesure où le mandat dont il voulait tirer profit pour asseoir en national et international son pouvoir lui sourit de moins en moins.

La cause n’est pas externe. Elle est interne. Rien n’oblige d’y croire, mais les actes politiques que commet la base de l’UDPS (violation des installations du parlement, diffusion des vidéos menaçantes) et les actes d’Etat que perpètre l’Union sacrée (passage en force de l’adoption des lois) y sont pour beaucoup. Ces observations en sont la preuve :

  1. RÉFORMES ÉLECTORALES

Ça devrait être le chantier principal de l’ère Félix Tshisekedi. Le 5 juin 2021, le chef de l’État a eu avec les sénateurs de l’Union sacrée un échange qualifié d’enrichissant. Pourtant, plusieurs acteurs de la société civile spécialisée en matière électorale ont déploré le fait que l’assemblée nationale et le sénat (dominés par l’Union sacrée) aient désossé les projets de révision de la loi organique devant dépolitiser la CENI, plus exactement ceux de Christophe Lutundula (devenu ministre des Affaires étrangères) et de Delly Sessanga.

A ce moment précis, les confessions religieuses et les ONG électorales s’en plaignent ouvertement et ont même résolu de saisir le chef de l’Etat pour renvoi en seconde lecture.

Quant à la base de l’UDPS, elle confirme par ses prestations la formule de pyramide renversée. La base décide, le sommet se soumet. Si on veut d’ailleurs connaître les intentions réelles de Félix Tshisekedi, déclare un connaisseur du modus operandi du parti présidentiel, inutile d’attendre la déclaration d’un officiel. Et le message que véhicule la base de l’UDPS est celui de non-tenue des élections dans les délais constitutionnels. Arguments avancés : Covid-19, recensement, budget etc. Combinée avec les manœuvres dilatoires en observation autour des réformes électorales et le discours de congolité, la position du parti présidentiel traduit la prédétermination de la volonté politique de ne pas respecter les échéances 2023.

  1. CONGOLITÉ

C’est la plus catastrophique des idées promues par l’UDPS par le canal de l’ex-candidat à la présidentielle 2018 et ancien de la Banque mondiale, Noël Tshiani.

On soupçonne les hommes du président d’être derrière cette campagne visant à aménager un boulevard pour le second mandat de Félix Tshisekedi par le moyen d’élimination des candidats ayant le bon profil pour la fonction.

Or, la communauté internationale veut voir le processus électoral ouvert à toutes les forces en présence. C’est, du reste, la position affichée par la CENCO.

  1. CAMPAGNE CONTRE LA CENCO

La CENCO est la Conférence épiscopale nationale du Congo. Elle incarne l’Église catholique romaine en RDC, hiérarchie (prêtrise) et base (fidèles) comprises.

S’il est vrai qu’au départ, elle a contesté les résultats électoraux de la CENI donnant Félix Tshisekedi pour vainqueur, il est tout aussi vrai qu’elle s’est investie de façon sérieuse dans la consolidation du pouvoir en place.

Actuellement, elle est en train de se faire injurier par la base de l’UDPS qui oublie cette réalité : pour parvenir aux résultats ayant conduit Félix Tshisekedi au poste de président de la République, fidèles catholiques se sont aussi mobilisés pour faire entendre leur voix.

Voir ou entendre l’UDPS s’en prendre aux prélats catholiques dont le seul tort est de réclamer un processus électoral transparent, c’est la preuve qu’à l’UDPS, on n’en veut pas.

Ce serait utopique d’espérer la visite du Saint-Père en RDC quand ce dernier voit son église au Congo objet de la fronde menée par le parti présidentiel.

  1. VIOLATIONS DES DROITS DE L’HOMME

L’une des vidéos à choquer l’opinion publique est celle du viol sexuel promis par un combattant de l’UDPS à l’épouse de Vital Kamerhe, Hamida Shatur. Le combattant qui lance cette menace est l’un des communicateurs de l’UDPS ayant accès à la cité de l’UA et au Palais de la nation.

L’opinion est décontenancée par le silence des structures politiques et étatiques de ce parti, ne comprenant pas comment l’appareil judiciaire est prompt à se saisir de tout dossier soupçonné d’outrage au président de la République et à ses proches, mais lent à le faire lorsque la menace brandie par les femmes et les hommes du chef de l’Etat font pire.

Le Bureau conjoint de la Monusco pour les Droits de l’homme assure un monitoring qui ne laisse aucun doute à des abus dont se rendent coupables l’UDPS et l’Union sacrée.

  1. PERSONNE N’A PLAIDE POUR LA RDC

Que faut-il attendre de l’opinion internationale lorsque, devant tous ces abus, le président Félix Tshisekedi semble être absent, absorbé plutôt par l’omniprésence et l’omnipuissance de sa base et de ses collaborateurs sur lesquels il semble ne plus avoir autorité ni contrôle.

        Au moins, on le sanctionne en international dans ce qu’il fait. Fmi, Banque mondiale, G7 (et peut-être G20), Onu, Union européenne, Vatican etc. sont en train de le bouder.

La dernière bouderie en date est d’ailleurs le fait que depuis plus d’une décennie, Félix Tshisekedi soit le premier président de l’Union africaine à ne pas être invité au sommet du G7. Personne n’a plaidé pour la RDC. Ni le président français Emmanuel Macron, ni le président du Conseil européen Charles Michel (pourtant accueilli en chef d’Etat à Kinshasa), moins encore la vice-présidente Kamala Harris. Même Mike Hammer n’a pas su plaider pour Kinshasa auprès de Joe Biden pour ce sommet où Boris Johnson lui a préféré Cyril Ramaphosa, le chef d’Etat sud-africain certes, mais président sortant de l’Ua.

  1. RISQUES DE DECOMPOSITION DE L’UNION SACREE

Il n’y a pas que l’extérieur. Il y a aussi l’intérieur. Preuve que le mois de juin ne porte pas bonheur au Pouvoir. En effet, le même 15 juin 2021, trois faits l’ont sérieusement affecté :

la loi d’habilitation devant permettre au chef de l’Etat de décider de l’état de siège sans se soumettre à l’Assemblée nationale lui a été refusée. Pourtant, la chambre basse compte 385 députés Union sacrée.
au Sénat, même rebuffade avec la non-levée des immunités parlementaires de Matata Ponyo. Pourtant, la chambre basse comprend 85 sénateurs.
et jamais deux sans trois, c’est le même jour que la cour d’appel va confirmer la condamnation de Vital Kamerhe, même en réduisant la peine de 20 à 13 ans. Si, à long terme, on pressent l’échec, à l’Est, du candidat à sa propre succession, à court terme il y a risque de décomposition de l’Union sacrée avec impact inévitable sur la majorité parlementaire actuelle et sur le gouvernement des Warriors.
Sales temps pour un régime qui fait le choix du suicide diplomatique et politique inspiré par un druide dont la disparition, curieusement la veille du mois de juin, semble avoir des émanations troublantes.

Barnabé Kikaya Bin Karubi

Ancien Député, Professeur, Université de KINSHASA, Faculté des Lettres, Département des Sciences de l’Information et de la Communication, Kinshasa,

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